Des masques et moi. Démasquez-moi.

Des masques et moi. Démasquez-moi.

C’est le nom d’un EPI que nous menons depuis 4 ans avec les enseignantes d’EMC et  d’arts plastiques dans les classes de cinquième.

À l’origine, cet EPI a été publié sur le site de l’académie de Dijon et nous l’avons adapté.

Chaque élève  réalise en cours d’arts plastiques un masque qui reflète les différentes identités qu’il possède (identité légale, personnelle et numérique) en s’appuyant sur la séquence d’EMC et EMI sur les identités de la personne. Les élèves complètent leur œuvre en composant un texte qui décrit le masque et les choix effectués pour le réaliser.

L’EPI se clôture par la production un mannequin challenge au CDI mettant en situation leur masque. Les élèves choisissent une posture ou une activité en lien avec un aspect de leur personnalité.

capture écran

Croyez-le ou non, à aucun moment en ce mois de septembre 2020 je n’ai songé à faire le lien avec le masque sanitaire que nous portons tous. C’est assez étrange. Parfois il se fait oublier, parfois on ne voit que lui. Comment s’en accommoder ? Comment résoudre cette ambivalence entre l’objet utile qui me protège et protège les autres de la COVID 19 et les troubles qu’il suscite ?

1-      Respirer. Inspirer. Expirer

31 août 2020. Pré –rentrée. Depuis le 16 mars c’était la première fois que nous étions tous et toutes, enseignants et enseignantes, éducateurs et éducatrices, personnels, AESH, réunis au collège.  Cette pré-rentrée habituellement joyeuse où les sourires des collègues colorent la journée, a été spéciale. Des visages joyeux mais masqués.

Ce fut encore plus déroutant le jour de la rentrée des élèves parce que tout à coup, j’avais là devant moi une cohorte de visages d’élèves que je ne connaissais pas et à cet instant là j’ai eu l’impression de ne jamais pouvoir les connaître. Deuxième jour compliqué donc, et déjà deux jours de migraines.

Il fallait donc me poser, mieux respirer, boire davantage. Et tout un tas d’autres astuces partagées dans la salle du personnel.

Cette mesure sanitaire du port du masque m’est apparue alors injuste et discriminante. Plutôt que de me complaire dans le marmonnage et le ressentiment qui s'entraînaient dans un état émotionnel négatif, j’ai tenté de répondre à la question : comment apprendre à vivre -  tout au moins travailler - avec ? Je me suis rendu compte qu'il y avait beaucoup à dire sur l'objet masque. Cet objet m'a fascinée.

Nous avons demandé à notre directrice de pouvoir bénéficier d’une séance avec la sophrologue intervenant pour certains élèves au collège dans le cadre d’un dispositif spécifique. Cette dernière nous a proposé un protocole d’exercices de respiration à faire pour nous-mêmes et aussi avec les élèves ainsi que des conseils pour mieux supporter le masque. (Comment bien le choisir, le placer correctement, limiter la buée due aux lunettes, diminuer l’humidité etc.). Elle nous a fait également expérimenter des exercices de respiration pour éveiller ou calmer le corps, le principal enseignement étant de porter son attention sur une respiration bouche fermée.

Ce fut l’occasion aussi de prendre un temps, entre collègues, d’échanger autour du port du masque par les élèves, de partager nos questionnements sur le protocole. Ce temps-là était indispensable me semble-t-il.

un pour tous

Le deuxième dispositif qui m’a aidée, à titre professionnel, à mieux appréhender l'acceptation de cette situation inédite a été  le projet P.E.A.C.E qui vient renforcer le travail sur l’attention que nous menons. P.E.A.C.E signifie Présence – Ecoute – Attention – Concentration dans l’Enseignement. Il est porté par l’Association pour la Méditation dans l’Enseignement (A.M.E).

Ce programme est proposé aux élèves de SEGPA de manière hebdomadaire par une intervenante certifiée (par ailleurs professeure des écoles). Il a pour intention notamment de :

  • Proposer des temps de retour au calme aux élèves.
  • Apprendre aux élèves à entraîner leur attention.
  • Apprendre aux élèves à mieux gérer leurs émotions et les différentes formes de stress liées à la situation d’apprentissage.
  • Développer les compétences pro-sociales.

Ainsi, à l’aide d’exercices corporels que nous proposons aux élèves de s’approprier au gré de leurs besoins, nous mettons en place des temps de méditation basés sur la méditation de pleine conscience (ou pleine présence).

meditation attention

En tant qu’adultes ces temps sont également appréciables. Plutôt que de résister au masque, j’ai donc choisi la voie de l’apaisement. Cet état émotionnel est présent ou possible en nous indépendamment des circonstances extérieures. Il s’agit donc d’accueillir, d’observer les émotions qui me traversent autour de cet objet qu’est le masque. Je peux ainsi mieux prendre soin de ce qui, en moi, en a besoin lorsque je ressens de la frustration, de la colère ou de l’énervement ou au contraire  de la joie et de l'enthousiasme.

2-      Des visages masqués

Visages masqués, visages cachés.

Je me suis très vite surprise à chercher ailleurs le visage des élèves. Au self et sur Ecole Directe à travers les photos portraits.

Pourrais-je m’habituer à ces visages masqués ? Le faut-il ? Les masques me renvoient l’image d’un monde plus froid, plus chaotique. Un monde de science-fiction ou de fiction tout court.  Un monde moins enclin à échanger, dans lequel l’anonymat est renforcé, les interactions limitées. En tête les scènes  au supermarché de la série The Handmaid's Tale- La servante écarlate.

Je me suis trouvée bien dépourvue lorsque dans le cadre d’un GAPP (groupe d’analyse de pratiques professionnelles), la formatrice Christine Laroque  m’a demandé quels étaient les avantages et les inconvénients de porter un masque à titre personnel et à titre professionnel. Spontanément j’ai répondu que je n’avais aucune envie de trouver des avantages. Pourtant ces questions ont été l’élément déclencheur des lignes que vous êtes en train de lire.

Pourquoi le masque, ce masque, m’apparaissait-il uniquement comme un filtre ?

masque venitien (Serge WOLFGANG  sur Pixabay)

masque venitien (Serge WOLFGANG sur Pixabay)

Le masque est présent dans l’histoire et dans nos sociétés depuis bien longtemps. Objet utile à la Renaissance pour se préserver du froid puis adopté sous la forme du Loup par les femmes de la noblesse pour garder la blancheur de leur peau mais certainement aussi pour préserver leur anonymat, le masque est présent à toutes les époques. Dans l’ancienne Venise, le masque permettait d’avoir une vie sociale anonyme, tout au moins de manière discrète, le bec pouvant notamment modifier la voix. A l’origine du carnaval, le masque portait la marque de la transgression, une occasion d’échapper temporairement à la vie quotidienne en donnant libre cours aux instincts les plus refoulés, d’abolir provisoirement les rapports hiérarchiques, les privilèges, les règles et les tabous.

De nos jours, il est source de joie ou de fête lors de carnaval ou de soirée déguisée. Il est protecteur dans le milieu médical et sanitaire. Actuellement,  son usage est essentiellement d’ordre sanitaire, ce qui peut donner le sentiment de participer à une aventure collective en protégeant les autres et en préservant les services d’urgence et de réanimation. Il est une manière de témoigner de l’attention à l’autre. Sans masque on peut passer pour quelqu’un d’irrespectueux, d’insouciant. Le porter peut nous conforter dans notre complexe du sauveur, autrement dit notre capacité à aider et à devenir indispensable. (Cynthia Fleury cite l’ouvrage de Krieger, le syndrome du sauveur)

Situation nouvelle, adaptation nouvelle. Le masque devient accessoire de mode (les masques des grands couturiers) , de séduction (parait-il !), d’humour (exemples au hasard …c'esta ssez déconcertant) ou signe d’appartenance (je pense par exemple aux masques du Stade Toulousain pour la communautés sportive, ou ceux proposés par les entreprises avec leur logo.

Le masque sanitaire se diffuse dans l’espace médiatique, demain dans les productions culturelles.

Je me souviens de ma première sortie masquée au printemps. C’était pour aller à la boulangerie de mon petit village. J’avais alors l’impression que tous les regards se portaient sur moi. Bien sûr il n’en était rien. Une impression d’anormalité.  Aujourd’hui ce  sentiment serait inverse si je ne le portais pas. Pourtant, je veux garder cette vigilance d’une non normalité. Être vigilante à ce que l’imposition du masque n’aille pas, comme le dit Laetitia Deval,  « au-delà d’une nécessité collectivement définie ». Un collègue parlait lors de la rentrée du 2 novembre d’une « journée effrayante de normalité ». « Je crois, me disait-il, que la morosité a été construite par la médiatisation ».

masque

Par ailleurs, un visage masqué dans notre pays est antinomique. C’est même remettre en question la loi  interdisant la dissimulation des visages dans l’espace public. L'article 1 de la Loi du 11 octobre 2010 précise que « Nul ne peut, dans l'espace public, porter une tenue destinée à dissimuler son visage ». Mais il y a des « exceptions», est-il indiqué sur le site service public (mise à jour du 3 septembre 2020) « notamment lorsque le visage est masqué par un objet dont le port est imposé par les autorités. Tel est le cas de l'obligation du port du masque pour des raisons sanitaires »

Groupes Facebook anti-masque, manifestations de militants, groupes WhatsApp de parents d’élèves opposés au port du masque, autant de symboles de la controverse suscitée par le masque. Eve Favre revient sur ces anti-masques dans un article sur The Conversation « Pourquoi existe-t-il des anti-masques ? ».

Au-delà du masque c’est toute la symbolique du visage qui est questionnée. Le visage est le premier rapport de confiance. Comment exprimer sa joie sans déployer son sourire ? Comment apaiser ? Comment montrer que l’on est crispé et qu’on serre les dents ? Par quoi remplacer les sourires du matin en salle du personnel qui réveillent, réconfortent, galvanisent ? 

Le visage  est même devenu « outil »  technologique. Je pense à un ami qui a soulevé un inconvénient : il ne peut plus déverrouiller son téléphone à reconnaissance faciale et s’est donc retrouvé en infraction en devant baisser son masque à la caisse d’un supermarché.

Et il est là le problème avec le visage : c’est qu’on ne le voit plus !

masque pulcinella (sur Pixabay par Piro4D)

masque pulcinella (sur Pixabay par Piro4D)

Dans une émission de France Culture Les chemins de la philosophie de mars 2020 (De l’autoportrait au selfie, comment ne pas perdre la face ?), Marion Zilio revient sur l’étymologie grecque du mot, « prosopon». Proposon désigne à la fois le visage, le masque et la façade d’un bâtiment. Il s’agit donc d’un rapport de « surface ». Ainsi le masque, pour les grecs, est une « identité portative », il révèle plus qu’il ne masque. Ce qui est intéressant c’est de suivre l’histoire de ce mot. Le prosopon va être traduit en latin par « persona » du verbe personare, per-sonare : parler à travers. Persona désignait alors le masque que portaient les acteurs de théâtre. Et cette perception va façonner une identité une, figée, intérieure. Aujourd’hui, l’avatar, explique Marion Zilio, peut être apparenté au masque. Il  renvoie à l’idée de se connecter au monde, aux autres en répondant à l’injonction des réseaux sociaux de se montrer.. Par contre, face à l’avatar numérique sous lequel l’utilisateur peut chercher à se dissimuler, se préserver,  se développe une exposition  foisonnante de visages sur les réseaux sociaux qui entre elle-même  en contradiction avec les visages cachés derrière des cagoules dans l’espace public (Elle rappelle les mouvements Black Blocks ou anonymous).

Avec le masque deviendrions-nous transparents voire invisibles ?

3-      Des visages transparents

Au mois d’août 2020, au moment où nous avons appris que le port du masque allait être obligatoire pour tous, tout le temps, dans le cadre du collège, j’ai cherché un moyen de protéger tout en ne cachant pas. C’est alors que sur Twitter je suis tombée sur les masques inclusifs que je me suis empressée de commander d’autant plus que ma copine Corinne Laval, enseignante d’ULIS était elle aussi convaincue par cette proposition pour les élèves à besoins éducatifs particuliers. Je les ai reçus le 9 novembre. Je l’ai porté pour la première fois au collège le 12 novembre. Et cela n’a pas été une après-midi comme les autres !

Après la pause du repas, j’ai donc mis mon masque transparent et j’ai ouvert le CDI pour les élèves de quatrième. Un petit groupe de quatre élèves a emboîté mes pas et s’est dirigé vers la nouvelle imprimante découpe silhouette qu’ils sont en train de mettre en marche. Au moment où je m’approche d’eux pour voir où ils en sont, ils se retournent et « oh votre masque ! ». Ah oui mon masque ! On me « voit ». Je vois dans le regard de Léo en particulier que quelque chose le perturbe. Alors je verbalise pour lui qu' en effet c’est peut être la première fois qu’il voit mon visage (il n’était pas  là l’année dernière). Et il reste là, de longues secondes à me fixer du regard.

Même chose avec un groupe de sixième que j’ai en séance l’heure suivante. Et à la pause de 16h c’est en salle du personnel que les regards se retournent entre surprise et joie exprimée de revoir mon sourire (et qui sait une petite ride supplémentaire - ouf à ce moment là j'avais réussi à dompter les boutons émergeants sur mon menton).

Que s’est –il passé cet après-midi-là ?

D’un masque occultant je suis passé, le temps de quelques heures, à un masque transparent et un visage  visible. Et ça a tout changé. Je n’étais plus en situation « normale » et anonyme. J’étais comme mise à nu, avec le sentiment d’un acte impudique.

Pourquoi me suis-je sentie mal à l’aise ? Pourquoi donner à voir mon visage était tout à coup anormal ? Que voyaient les élèves  de moi qu’ils ne connaissaient pas encore ?

Cette confrontation à mon propre visage à travers les regards des élèves et des collègues  a déclenché un bouleversement auquel je ne m’attendais pas. La première impulsion lorsque cette crise sanitaire a commencé a été de penser que tout allait pouvoir un jour redevenir comme avant. Quand nous discutons de ce monde “d’après”, je suis prise d' effroi à l’idée que cet objet  ne nous quittera peut-être jamais totalement.

Sans doute faut-il comprendre dans le regard de Léo, un besoin intrinsèque de “voir”.  En effet, certains élèves ont un besoin de lecture labiale, d’autres utilisent l’intelligence visuo-spatiale, d’autres encore sont sensibles aux représentations visuelles pour comprendre et mémoriser mieux en visualisant les objets. tous ces profils d'élèves sont ainsi privés de ce qui peut leur faciliter les apprentissages.

4-      De la contrainte, du ressentiment à l’acte masqué. Ci-gît le masque.

Les paroles de Cynthia Fleury dans l’émission La Grande Librairie à propos de son ouvrage Ci-gît l’amer : guerrir du ressentiment prennent tout leur sens : « dépasser le ressentiment c’est aboutir à quelque chose qui n’est pas la réparation mais la création ». Cette approche par le ressentiment (ici très partielle) m’a aidée à comprendre quel était mon pouvoir d’agir.

« Ce qui nous contraint m’a dit une formatrice, doit nous enseigner afin d’enseigner aux autres ». C’est justement une posture que nous revendiquons avec Marion Carbillet dans le livre A l’école du partage : les communs dans l’enseignement.

Comment faire de ce masque un levier de création pédagogique ? Cela n’enlève en rien l’esprit critique que l’on porte sur lui mais invite à interroger la capacité individuelle et collective à l’imagination et l’action. Nos élèves nous forcent à retrouver notre capacité à nous tourner vers le futur, tout empli d’incertitude soit-il. Ils nous forcent à nous remettre en question.

Que faire de ce masque ?

Un support d’expression

 

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D’abord en faire un support d’expression personnelle. Les élèves ont des choses à lui faire dire. Il est possible d’inventer des masques pour dire des émotions. C’est par le dessin qu’ils peuvent les  exprimer : le masque de gaîté, de la joie, de la tristesse, de la colère, du désaccord…

masque casse pied

Ainsi avec une classe de cinquième, nous avons fait « parler » les masques dès les premiers jours de septembre. L’enseignante de français a pris en photo chaque élève avec son masque, photos qu’elle a imprimées. Chacun a dessiné sur son masque  une émotion et écrit un texte autour des questions – Qu’est-ce qui a changé au collège ? Qu’est-ce que j’aimerais retrouver ? Qu’est-ce que j’aimerais changer ? Qu’est-ce que j’apprécie ? Quels sont mes talents ? De quoi je me sens capable pour cette année scolaire ? De quoi ai-je besoin ?

Ce texte a été mis en voix par l’enregistrement des élèves. Lors de la séance, ils nous ont demandé d’afficher en classe aussi leur photo sans masque. Afficher ces photos dans toutes les classes  est un moyen de connaître les visages et prépare le jour où les masques ne seront plus obligatoires en classe.

enregistrement

Avec les élèves de troisième, il est possible de revisiter les séances autour du selfie dans le cadre du cours de français et d’EMI. On peut se demander si l’avatar est un masque par exemple.

Ces séances peuvent être l’occasion de verbaliser avec les élèves ce que le masque cache d’eux ou au contraire ce qu’il révèle, ce qu’il peut avoir de rassurant peut être. Il sera tout aussi nécessaire d’y revenir le jour où les masques tomberont et nous devons réfléchir collectivement à la manière de clôturer cette période masquée.

Des rites d’entrée en classe

L’entrée en classe et au CDI est désormais rythmée par le passage au « pchitt » du gel hydroalcoolique. Je vois un avantage à cette contrainte : chaque élève est désormais salué individuellement. L’obligation de s’assurer que le geste est bien accompli se métamorphose en un « bonjour Jade, bonjour Thomas, etc», en un regard plus appuyé, en un accueil individualisé.

Lors d’une séance  sur la présence numérique et plus particulièrement  sur la réflexion entre les différences et les similitudes quant à la communication en ligne et en présence physique,  les élèves d’une classe nous ont demandé s’il leur était possible de nous « voir ». Toutes les précautions prises : porte ouverte, distance aux élèves, bouche fermée et nous leur avons « offert » quelques secondes de nos visages. Les compliments ont fusé. Nous-même adultes savons le plaisir que l’on a à voir le visage sans masque d’ un élève au détour du self, ou d’un collègue au détour d’un café.

Il me semble que le masque inclusif dont je parlais a ici toute sa place. Le porter m’a donné l’impression d’un cadeau fait aux élèves.

Redonner au corps toute sa place

Lorsque j’ai porté le masque inclusif, les élèves ont pointé mon désir d’enlever le masque. Cela renvoie à l’image d’un enseignement incarné que le masque a tendance à occulter.

Le masque nous coupe du para verbal et de tous les indices liés à nos mimiques qui permettent de se comprendre. Quelle énergie devons-nous mettre à l’observation des élèves pour voir s’ils sont attentifs, s’ils ont compris ce qu’on dit !

Avec l’enseignement à distance au printemps dernier nous avions déjà été confrontés à cela. Ne pas voir les visages empêche toute nuance. Les micro-régulations liées aux expressions du visage ne sont plus possibles. Laetitia Devel l’explique dans un article Tous masqués, tous muets ? « Nos expressions faciales jouent un rôle fondamental dans notre capacité d’appréciation de l’autre et de régulation de nos échanges. »

“Radicalement joyeuse”

« La joie de vivre est un acte de résistance politique » dit Patrick Viveret. Cette approche est celle que nous sommes quelques collègues profs-docs à revendiquer depuis quelques années. 

Smile (Laura ssur Pixabay)

Cette posture nous pousse à changer d'approche et prendre du recul pour se relancer dans des actions positives. C'est même un besoin vital. “Transmette un peu du souffle qui nous inspire et de la joie que nous vivons au quotidien avec les élèves”. La joie au CDI reste l'acte de résistance le plus apaisant qui soit ...encore, y compris avec les masques. Avec mon collègue on parle "thérapie par le jeune" . Se frotter ne serait-ce que quelques instants aux élèves nous pousse à rester optimistes. Prenons soin d’eux, ils prennent soin de nous. L'optimisme crée l'enthousiasme et l’émulation que nous aimons voir dans les CDI.

Créer - Ecrire

Ce sont les mots de Cynthia Fleury et aussi ceux d’une collègue enseignante de français qui m’ont amenée à poser ici ces mots. Un article incomplet, sur une question complexe et fascinante : comment prendre en compte toutes les dimensions de la communication en période de crise sanitaire ?

Le masque vient toucher à l’intime, à notre âme en ne laissant visible que nos yeux et notre front.

Et parce que la poésie est création, ce poème découvert en préambule du recueil de nouvelles Lola de Gabriel Sandoval.

De tout, il restera trois choses:

La certitude que tout était en train de commencer,

la certitude qu'il fallait continuer,

la certitude que cela serait interrompu

avant que d'être terminé.

Faire de l'interruption, un nouveau chemin,

faire de la chute, un pas de danse, faire de la peur, un escalier,

du rêve, un pont, de la recherche...

une rencontre.

Fernando Sabino poète brésilien extrait de “O encontro marcado” (Le rendez-vous convenu)

Je remercie mes collègues et mes amis pour les échanges fructueux que nous avons eu, les idées foisonnantes qui m’ont menée à la rédaction de cet article.

Sources complémentaires aux nombreux liens dans le texte

Le dossier bas les masques de Philosophie Magasine

Masques de l’impuissance Par Michaël Foessel